29 Mai

En Suisse, plus rien ne bouge sur le front salarial

Rémunérations Malgré le choc du 15 janvier, les PME n’auraient pas directement touché aux salaires de leurs employés.

Comment se portent les salaires en Suisse romande quatre mois après le 15 janvier, jour de l’abandon par la BNS du taux plancher entre le franc suisse et l’euro? Exceptés les quelques exemples apparus dans la presse ces dernières semaines – concernant notamment certaines baisses de salaires propres aux frontaliers – il apparaît que les entreprises n’ont pas directement touché aux salaires de leurs employés et cela malgré une baisse assez nette de leurs chiffres d’affaires.

L’industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (industrie MEM), par exemple, évoquait il y a quelques jours une diminution des carnets de commandes de l’ordre de 17,1% depuis le début de l’année.

Stabilisation des salaires

Après avoir interrogé un certain nombre de conseillers en personnel et de responsables de filiales, Séverine Liardon, porte-parole de Manpower Suisse, assure que «les fourchettes de salaires, tant pour des postes fixes que temporaires, sont restées similaires à celles appliquées avant l’abandon du taux plancher».

Robin Gordon, directeur du groupe Interiman, arrive à la même conclusion. «Il faut rappeler que la plupart des corps de métiers sont protégés par des conventions collectives de travail (CCT), selon lui. Or la plupart d’entre elles imposent un salaire minimum.»

A ces protections s’ajoute un second argument de poids: le faible taux de chômage en Suisse (3,3% en avril). Suivant les branches d’activité, des difficultés à recruter les bons profils persistent en Suisse romande. «La plupart des entreprises sont toujours à la recherche de personnel qualifié et peinent à le trouver. Dans de tels cas de figure, il est peu probable que les salaires soient à la baisse», estime Claudine Amstein, directrice de la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie.

En quête d’un nouveau directeur, le patron de Georges Dentan Genève SA, Alain Joseph, abonde dans ce sens. «La compétence prime la question salariale et je ne compte pas me priver du bon profil pour quelques centaines de francs.»

Christophe Voeffray, fondateur et directeur général de la société de placement de personnel dans le tertiaire Velcom SA, rajoute même que certains secteurs ne sont pas touchés. «Il y a toujours une forte demande en assureurs, en employés de fiduciaires ou encore en comptables, donne-t-il pour exemple. Même dans l’horlogerie, malgré le ralentissement actuel rencontré par la branche, les salaires continuent d’évoluer positivement.»

Seul bémol: le secteur bancaire. En restructuration permanente depuis de nombreuses années, la tendance est négative. «La fin des salaires mirobolants dans la banque remonte toutefois bien au-delà du 15 janvier», souligne le directeur de Velcom SA.

Difficultés sur le long terme

Pour contrer le franc fort, d’autres mesures sont toutefois en train d’être prises par les entreprises les plus touchées. «Dans le secteur commercial (ndlr: particulièrement touché par le tourisme d’achat lié au franc fort), les entreprises plébiscitent actuellement une réduction de la voilure en ne renouvelant pas les postes suite à un départ», explique Véronique Kämpfen, directrice de la communication pour la Fédération des Entreprises Romandes Genève.

Tous s’accordent toutefois à dire que sur la longueur, une fois que les sociétés auront usé de toutes les autres alternatives possibles pour réduire leurs coûts, la question salariale reviendra sur la balance. «Effectivement, si le taux de change entre l’euro et le franc reste proche de la parité, il faut s’attendre in fine à un réajustement salarial une fois venu le moment de renégocier les conventions collectives de travail», affirme Robin Gordon.

Pour les syndicats, ce réajustement a déjà pris forme au sein de certaines entreprises puisque sans toucher au salaire, elles ont bel et bien augmenté les heures de travail de leurs salariés.(TDG)

 Source : http://www.tdg.ch/economie/En-Suisse-plus-rien-ne-bouge-sur-le-front-salarial/story/22323645